Les dernières décisions de la Cour de cassation en droit du travail et en droit de la sécurité sociale, avec ce qu'elles changent concrètement pour vous. Mise à jour chaque dimanche soir.
24 décisions - 15 en droit du travail, 9 en sécurité sociale.
Dernière mise à jour le 25 octobre 2026.
Droit du travailPublié au bulletin
L'existence d'un harcèlement moral n'impose pas que les agissements répétés soient de nature différente
Cour de cassation, chambre sociale · 21 octobre 2026 · pourvoi n° 25-10.793
La cour d'appel avait écarté le harcèlement moral en ne retenant qu'un seul fait matériellement établi. La chambre sociale censure ce raisonnement : la répétition exigée par l'article L. 1152-1 du code du travail ne suppose pas des agissements de nature différente, des faits de même nature répétés dans le temps suffisant à caractériser le harcèlement. Le juge doit examiner l'ensemble des éléments présentés par le salarié, y compris les documents médicaux produits, puis apprécier si les faits ainsi établis, pris dans leur ensemble, laissent présumer un harcèlement. L'arrêt est cassé en ce qu'il déboutait la salariée de ses demandes au titre du harcèlement, de la nullité du licenciement et des indemnités de rupture.
Ce que cela change pour vous
Cet arrêt conforte la manière dont je construis vos dossiers de harcèlement : je n'ai pas à diversifier artificiellement les griefs pour établir la répétition, puisque des faits de même nature revenant dans le temps suffisent. Je produis systématiquement les pièces médicales, car le juge doit les examiner avec les autres éléments et non les écarter comme étrangères à la matérialité des faits. Je demande enfin au conseil de raisonner sur l'ensemble des faits : un fait isolé jugé non établi ne suffit plus à faire tomber la demande.
Une double relation dissimulée avec des subordonnées peut créer un trouble objectif justifiant le licenciement
Cour de cassation, chambre sociale · 21 octobre 2026 · pourvoi n° 24-22.661
Un directeur d'agence entretenait simultanément une relation avec deux de ses subordonnées, sans en informer sa hiérarchie. La chambre sociale rappelle qu'un fait tiré de la vie personnelle ne peut en principe fonder un licenciement disciplinaire, mais admet la rupture lorsque le comportement du salarié crée un trouble objectif caractérisé dans l'entreprise. Elle retient ici la désorganisation du service, les arrêts de travail successifs des salariées concernées et la perte d'autorité de l'intéressé sur son équipe, puis rejette le pourvoi.
Ce que cela change pour vous
Je lis cet arrêt comme une limite, non comme un blanc-seing donné à l'employeur. Lorsque votre licenciement repose sur un fait de votre vie privée, je vérifie d'abord qu'il n'a pas été prononcé à titre disciplinaire, car il est alors injustifié par principe. Je conteste ensuite le trouble allégué sur le terrain des faits : l'employeur doit démontrer un retentissement concret dans l'entreprise, et non une simple gêne ou la rumeur née de la situation. Les fonctions exercées pèsent lourd, l'exigence étant plus forte pour un salarié encadrant.
Le déficit fonctionnel permanent doit être réparé dans toutes ses composantes en cas de faute inexcusable
Cour de cassation, 2e chambre civile · 15 octobre 2026 · pourvoi n° 25-15.843
La cour d'appel n'avait réparé, au titre du déficit fonctionnel permanent, que les souffrances endurées après consolidation, en rejetant les demandes formées au titre de l'incapacité fonctionnelle et de la gêne dans les actes de la vie courante. La deuxième chambre civile casse partiellement cet arrêt : ces deux postes relèvent du déficit fonctionnel permanent et doivent être indemnisés dès lors que la faute inexcusable de l'employeur est retenue. L'affaire est renvoyée devant la cour d'appel autrement composée.
Ce que cela change pour vous
Je chiffre désormais le déficit fonctionnel permanent poste par poste dans la requête : atteinte fonctionnelle séquellaire, gêne dans les actes de la vie courante, douleurs persistant après consolidation. Je rédige la mission d'expertise en demandant à l'expert de se prononcer séparément sur chacun de ces éléments, car c'est cette ventilation qui permet ensuite une évaluation complète. Si l'employeur ou son assureur soutient que la rente majorée couvre déjà votre incapacité fonctionnelle, cet arrêt me donne l'argument pour l'écarter.
Le salarié licencié pour un motif nul qui a fait valoir ses droits à la retraite ne peut plus être réintégré, mais il est indemnisé jusqu'à cette date
Cour de cassation, chambre sociale · 7 octobre 2026 · pourvoi n° 25-22.243
Le licenciement prononcé en lien avec un harcèlement moral est nul et ouvre en principe droit à réintégration. Lorsque le salarié a entre-temps fait valoir ses droits à la retraite, la réintégration devient impossible et la demande est rejetée. L'employeur doit alors verser une indemnité correspondant à la rémunération perdue entre l'éviction et le départ à la retraite, déduction faite des revenus de remplacement perçus pendant cette période.
Ce que cela change pour vous
Cet arrêt me conduit à parler du calendrier de la retraite avant d'engager l'action. Si vous liquidez votre pension pendant la procédure, je ne peux plus obtenir votre réintégration, mais je chiffre l'indemnité d'éviction sur toute la période écoulée depuis le licenciement, sous déduction des allocations et pensions perçues. Je rassemble donc très tôt les justificatifs de ces revenus de remplacement, car ils commandent directement le montant que je réclame.
L'action en réparation du manquement de l'employeur à son obligation de prévention du harcèlement moral se prescrit par deux ans
Cour de cassation, chambre sociale · 7 octobre 2026 · pourvoi n° 25-11.362
L'action par laquelle un salarié reproche à son employeur de n'avoir pas pris les mesures de prévention des agissements de harcèlement moral porte sur l'exécution du contrat de travail. Elle relève donc de la prescription biennale de l'article L. 1471-1 du code du travail, et non de la prescription quinquennale de l'article 2224 du code civil. La Cour confirme par ailleurs que le conseil de prud'hommes reste compétent pour réparer les préjudices nés avant la prise en charge de la maladie professionnelle, l'immunité de l'article L. 451-1 du code de la sécurité sociale n'étant pas opposable à ces chefs de demande.
Ce que cela change pour vous
Je retiens de cet arrêt une contrainte de calendrier que je dois désormais intégrer dès le premier rendez-vous. Lorsque votre dossier comporte un manquement à l'obligation de prévention, je veille à saisir le conseil de prud'hommes dans les deux ans et je formule ce chef de demande dès la requête, plutôt que de l'ajouter en cours de procédure. Je distingue aussi soigneusement ce qui relève du harcèlement lui-même et ce qui relève du défaut de prévention, car les deux actions ne suivent pas le même régime.
Une baisse du chiffre d'affaires constatée sur la durée légale ne caractérise pas à elle seule des difficultés économiques
Cour de cassation, chambre sociale · 7 octobre 2026 · pourvoi n° 25-10.107
L'article L. 1233-3 du code du travail répute les difficultés économiques établies lorsque la baisse significative du chiffre d'affaires ou des commandes se poursuit pendant la durée légale, soit quatre trimestres consécutifs dans les entreprises de trois cents salariés et plus. La chambre sociale juge que le juge conserve son pouvoir d'appréciation et doit vérifier que cette baisse est réellement significative au regard de la situation globale de l'entreprise. En l'espèce, le décrochage était lié à la pandémie et avait été suivi d'une reprise, l'employeur ne justifiant ni de sa situation postérieure ni de certaines composantes de son chiffre d'affaires : les licenciements ont été déclarés sans cause réelle et sérieuse.
Ce que cela change pour vous
J'invoque cet arrêt chaque fois qu'un employeur se contente d'aligner quatre trimestres de baisse pour justifier la suppression de votre poste. Je réclame les comptes et les résultats des exercices postérieurs au licenciement, car une baisse conjoncturelle suivie d'un rebond ne caractérise pas des difficultés économiques. Je m'appuie également sur les déclarations publiques du dirigeant et sur les pièces que l'employeur se garde de produire, son silence se retournant contre lui.
Le transfert d'un salarié protégé par convention tripartite suppose l'autorisation préalable de l'inspection du travail
Cour de cassation, chambre sociale · 7 octobre 2026 · pourvoi n° 24-13.821
L'article L. 2414-1 du code du travail pose un principe général de protection qui ne se limite pas aux transferts intervenant en application de l'article L. 1224-1. Le passage d'un salarié protégé d'une entreprise à une autre par convention tripartite exige donc l'autorisation préalable de l'inspection du travail, et l'accord du salarié ne dispense pas de cette formalité. À défaut d'autorisation, la convention est nulle et le salarié peut demander à être maintenu dans son emploi aux mêmes conditions de travail et de rémunération.
Ce que cela change pour vous
Si vous êtes titulaire d'un mandat et que l'on vous a fait signer une convention de transfert à trois, je vérifie d'abord l'existence d'une autorisation administrative. En son absence, je demande la nullité de la convention, votre maintien ou votre réintégration dans votre emploi d'origine et l'indemnité pour violation du statut protecteur. La signature du salarié ne régularise rien, et c'est précisément ce que l'employeur invoque le plus souvent en défense.
La demande de remise gracieuse ne vaut pas recours préalable contre la notification d'un indu
Cour de cassation, 2e chambre civile · 24 septembre 2026 · pourvoi n° 24-15.536
L'assuré qui conteste le bien-fondé d'un indu notifié par la caisse doit saisir la commission de recours amiable d'une réclamation portant sur ce bien-fondé. La demande de remise gracieuse, qui ne tend qu'à l'abandon total ou partiel de la dette, ne constitue pas ce recours préalable. L'assuré qui s'est borné à solliciter une remise est donc irrecevable à discuter devant le juge l'existence et le montant de l'indu.
Ce que cela change pour vous
La distinction est technique mais elle décide du sort du dossier. Lorsque vous recevez une notification d'indu, je formule devant la commission de recours amiable une contestation du bien-fondé de la dette, et je n'y joins une demande de remise gracieuse qu'à titre subsidiaire. Déposer la seule demande de remise ferme la voie du pôle social sur le principe de la créance, et le délai de deux mois ne se rouvre pas.
L'inspecteur du recouvrement ne peut emporter des documents, même en copie, sans en informer l'employeur et obtenir son accord
Cour de cassation, 2e chambre civile · 24 septembre 2026 · pourvoi n° 24-14.061
Lors d'un contrôle, l'inspecteur du recouvrement ne peut emporter les documents qui lui sont présentés, y compris sous forme de copie, qu'après en avoir informé la personne contrôlée et obtenu son accord. La cour d'appel qui valide le redressement sans vérifier cette information et cet accord voit son arrêt cassé.
Ce que cela change pour vous
Lorsque je conteste un redressement, je demande comment l'inspecteur a obtenu les pièces sur lesquelles il s'appuie. Un emport de documents sans accord est une irrégularité de procédure que je soulève dès la commission de recours amiable. Si vous êtes contrôlé, ne laissez rien partir sans un accord écrit et conservez la liste de ce qui a été remis.
L'avis de contrôle URSSAF qui mentionne la charte du cotisant et ses moyens d'accès est régulier
Cour de cassation, 2e chambre civile · 24 septembre 2026 · pourvoi n° 24-12.226
L'avis de contrôle doit faire état de l'existence de la charte du cotisant contrôlé et préciser les moyens d'y accéder, afin que la personne contrôlée puisse la consulter avant l'ouverture des opérations. Lorsque ces mentions figurent dans l'avis, le juge ne peut pas exiger en outre de l'URSSAF qu'elle prouve qu'au moment de l'envoi son site internet permettait effectivement d'accéder à la charte et de la télécharger.
Ce que cela change pour vous
Cet arrêt ferme une voie de contestation qui était parfois tentée contre les redressements. Lorsque je conteste un contrôle, je vérifie toujours les mentions de l'avis de contrôle, mais si la charte et son adresse y figurent, je concentre la discussion sur le fond du redressement et sur les autres garanties de procédure, comme l'emport de documents ou le contenu de la lettre d'observations.
Le cotisant ne peut contester devant le juge que les chefs de redressement soumis à la commission de recours amiable
Cour de cassation, 2e chambre civile · 24 septembre 2026 · pourvoi n° 23-18.932
Au soutien de son opposition à contrainte, le cotisant ne peut pas contester devant le juge de la sécurité sociale des chefs de redressement différents de ceux qu'il a soumis à la commission de recours amiable. L'étendue du débat judiciaire est fixée dès la phase amiable.
Ce que cela change pour vous
Tout se joue au stade de la commission de recours amiable. Lorsque je la saisis, je conteste chaque chef de redressement qui peut l'être, même ceux qui paraissent secondaires, parce qu'un chef oublié à ce stade ne pourra plus être discuté devant le tribunal. Si vous recevez une lettre d'observations, ne laissez pas courir le délai avant de me la transmettre.
Le juge judiciaire est compétent pour la reconnaissance d'une maladie professionnelle, même si l'instruction a été déléguée à une autre caisse
Cour de cassation, 2e chambre civile · 24 septembre 2026 · pourvoi n° 23-18.422
La compétence des juridictions du contentieux de la sécurité sociale dépend de la nature du différend. La demande de reconnaissance du caractère professionnel d'une maladie relève du juge judiciaire, même lorsque la victime conteste la convention par laquelle l'instruction de son dossier a été confiée à une autre caisse primaire, cette convention ne révélant pas l'usage de prérogatives de puissance publique. La cour d'appel ne pouvait donc pas renvoyer ce point au juge administratif.
Ce que cela change pour vous
Lorsque votre dossier de maladie professionnelle a été instruit par une caisse qui n'est pas la vôtre, la régularité de cette délégation peut être discutée directement devant le pôle social. Je n'ai pas à engager une procédure séparée devant le tribunal administratif, ce qui évite des mois de délai supplémentaires.
L'indemnité de congés payés acquis pendant un arrêt maladie se réclame dans les trois ans qui suivent la rupture du contrat
Cour de cassation, chambre sociale · 16 septembre 2026 · pourvoi n° 25-15.456
L'action en paiement de l'indemnité compensatrice des congés payés acquis pendant un arrêt de travail pour maladie non professionnelle se prescrit par trois ans à compter de la rupture du contrat de travail, et non de la réception du solde de tout compte. Elle peut porter sur des congés acquis depuis le 1er décembre 2009, sous réserve des règles de report. La Cour a statué le même jour dans le même sens dans deux autres affaires (n°25-12.609 et n°25-14.826).
Ce que cela change pour vous
Si vous avez quitté votre entreprise il y a moins de trois ans et que vous aviez été arrêté pour maladie, je vérifie systématiquement vos bulletins pour chiffrer les congés qui n'ont pas été acquis pendant ces arrêts. Le rattrapage peut remonter loin, bien au-delà des trois dernières années. Le délai court à compter de votre départ : c'est cette date qu'il faut surveiller, pas celle du solde de tout compte.
L'agent de sécurité sans carte professionnelle valide peut être licencié, mais l'employeur qui ne l'a pas formé doit réparer la perte de l'emploi
Cour de cassation, chambre sociale · 16 septembre 2026 · pourvoi n° 25-12.634
L'absence de carte professionnelle en cours de validité, ou de récépissé de renouvellement, constitue par l'effet de la loi un motif de licenciement pour un agent de sécurité privée, même si l'employeur a manqué à son obligation de formation. Ce manquement de l'employeur peut néanmoins ouvrir droit à des dommages et intérêts, qui peuvent inclure la réparation de la perte de l'emploi.
Ce que cela change pour vous
Si vous travaillez dans la sécurité privée et que votre carte n'a pas pu être renouvelée faute de formation continue organisée par votre employeur, le licenciement lui-même sera difficile à contester. En revanche, je chiffre la réparation du manquement à l'obligation de formation, et cette réparation peut couvrir la perte de votre emploi. Conservez vos demandes de formation et les échanges sur le renouvellement de la carte.
L'action en reconnaissance d'un contrat de travail se prescrit par cinq ans à compter de la fin de la relation
Cour de cassation, chambre sociale · 16 septembre 2026 · pourvoi n° 25-12.147
Lorsque la prescription est opposée, le juge doit déterminer lui-même le délai légalement applicable. L'action tendant à faire reconnaître l'existence d'un contrat de travail relève de la prescription quinquennale de l'article 2224 du code civil. Ce délai court à compter de la fin de la relation contractuelle.
Ce que cela change pour vous
Si vous avez travaillé sous un autre statut (bénévole, auto-entrepreneur, gérant, collaborateur familial) alors que vous étiez en réalité subordonné, vous disposez de cinq ans après la fin de la relation pour faire reconnaître votre contrat de travail. Ce délai est plus long que ceux qui s'appliquent ensuite au licenciement ou aux salaires. J'agis donc d'abord sur la qualification, puis je chiffre les demandes qui en découlent en tenant compte de leurs propres délais.
Le licenciement motivé par la désorganisation due à la maladie n'est pas nul, mais il est sans cause réelle et sérieuse si l'employeur ne prouve rien
Cour de cassation, chambre sociale · 9 septembre 2026 · pourvoi n° 25-14.356
Le licenciement prononcé en raison de la désorganisation de l'entreprise causée par les absences pour maladie et de la nécessité d'un remplacement définitif ne constitue pas, à lui seul, un élément laissant supposer une discrimination liée à l'état de santé. Faute pour l'employeur d'établir la désorganisation et le remplacement définitif, le licenciement n'est pas nul : il est dépourvu de cause réelle et sérieuse.
Ce que cela change pour vous
La distinction change le chiffrage de vos demandes, donc je la traite en premier. La nullité ouvre le plancher de six mois de salaire, l'absence de cause réelle et sérieuse renvoie au barème de l'article L. 1235-3. Je continue de plaider la nullité, mais je l'appuie sur autre chose que la seule lettre de licenciement : propos sur votre santé, mise à l'écart, différence de traitement avec vos collègues. Et je vérifie toujours si l'employeur a réellement recruté un remplaçant en contrat à durée indéterminée, car c'est souvent là que le dossier se gagne.
Devant le conseil de prud'hommes, la péremption ne peut pas être opposée aux parties qui attendent leur audience
Cour de cassation, chambre sociale · 9 septembre 2026 · pourvoi n° 25-12.436
Le délai de péremption de deux ans ne court qu'à compter du moment où les parties ont eu une connaissance effective des diligences mises à leur charge et, le cas échéant, du délai imparti. Une fois la requête et le bordereau de pièces déposés, et sauf diligence particulière ordonnée par le bureau de conciliation et d'orientation ou le bureau de jugement, la direction de la procédure échappe aux parties : elles n'ont plus de diligence à accomplir en vue de l'audience à laquelle le greffe les convoque. La Cour a statué le même jour dans le même sens (n°24-16.579).
Ce que cela change pour vous
Les délais d'audiencement de certains conseils dépassent parfois deux ans. Cet arrêt écarte l'argument de péremption que les employeurs soulèvent dans ces situations : tant que le conseil ne m'a imposé aucune diligence précise, votre dossier ne peut pas s'éteindre par la seule attente. Je reste en revanche très attentif aux calendriers fixés par le bureau de conciliation et d'orientation, car une diligence ordonnée et non accomplie fait courir le délai.
Le seul constat que l'employeur n'a pas respecté les préconisations du médecin du travail ouvre droit à réparation
Cour de cassation, chambre sociale · 9 septembre 2026 · pourvoi n° 25-11.901
Une salariée de station-service faisait l'objet d'une contre-indication au travail en extérieur prononcée par le médecin du travail ; l'employeur a continué à l'affecter sur la piste. La Cour juge que « le seul constat du non-respect par l'employeur des préconisations faites par le médecin du travail de mesures individuelles d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste de travail, qui engendre inévitablement une atteinte à la sécurité et à la santé du salarié concerné, ouvre droit à réparation ». Elle revient ainsi, pour ce manquement, sur le principe posé le 13 avril 2016 (n°14-28.293) selon lequel le salarié doit prouver l'existence de son préjudice. L'arrêt, publié au bulletin et au rapport annuel (n°706 FP-B+R), se fonde sur les articles L. 4121-1, L. 4121-2, L. 4121-4 et L. 4624-6 du code du travail, interprétés à la lumière des articles 5 et 6 de la directive 89/391/CEE. Il a été rendu en formation plénière de chambre et casse partiellement l'arrêt de la cour d'appel de Saint-Denis de La Réunion du 16 mai 2024.
Ce que cela change pour vous
C'est une décision que j'attendais et que j'utiliserai systématiquement. Si votre avis d'aptitude avec réserves ou vos restrictions médicales sont restés lettre morte, je n'ai plus à prouver la fatigue, l'aggravation ou l'arrêt de travail qui a suivi : le manquement suffit. Conservez l'avis du médecin du travail, vos courriels de relance et tout élément montrant que le poste n'a pas bougé. C'est aussi un appui sérieux pour une prise d'acte ou une résiliation judiciaire.
La consultation du CSE sur le reclassement d'un salarié inapte est irrégulière si le titulaire absent n'a pas été remplacé par son suppléant
Cour de cassation, chambre sociale · 9 septembre 2026 · pourvoi n° 25-10.985
Lorsqu'un membre titulaire du comité social et économique est momentanément absent, il doit être remplacé par un suppléant dans les conditions de l'article L. 2314-37 du code du travail. Le procès-verbal montrant que le titulaire du premier collège était absent et que seul l'avis du titulaire du second collège avait été recueilli, la consultation du CSE sur le reclassement du salarié déclaré inapte était irrégulière. Le licenciement pour inaptitude est donc sans cause réelle et sérieuse.
Ce que cela change pour vous
Dans tout dossier d'inaptitude, je demande le procès-verbal de la réunion du CSE consacrée à votre reclassement et je vérifie qui était présent et qui a rendu un avis. Un titulaire absent et non remplacé suffit à rendre la consultation irrégulière, sans qu'il soit nécessaire de discuter des postes proposés. C'est un moyen simple, documentaire, que les employeurs négligent souvent.
Une démission rendue équivoque par un harcèlement moral s'analyse en prise d'acte de la rupture
Cour de cassation, chambre sociale · 9 septembre 2026 · pourvoi n° 24-20.780
La démission doit résulter d'une volonté claire et non équivoque de quitter l'entreprise. Lorsque des éléments contemporains de la démission révèlent un différend avec l'employeur, ici des faits de harcèlement moral portant atteinte à la dignité du salarié, la démission est équivoque. Elle s'analyse alors en une prise d'acte qui produit les effets d'un licenciement lorsque les manquements invoqués sont établis.
Ce que cela change pour vous
Une lettre de démission sans aucun reproche n'est pas forcément définitive. Si vous êtes parti parce que la situation était devenue invivable, je recherche les messages, courriels et témoignages contemporains de votre départ qui montrent le conflit. C'est ce qui permet de transformer une démission en rupture imputable à l'employeur, avec les indemnités correspondantes.
Un redressement calculé selon une méthode que la loi ne prévoit pas doit être annulé en totalité
Cour de cassation, 2e chambre civile · 3 septembre 2026 · pourvoi n° 24-11.310
Lorsque l'organisme de recouvrement a chiffré le redressement selon une méthode contraire aux règles du code de la sécurité sociale, les éléments ainsi calculés ne peuvent servir de support au redressement. L'annulation est totale, et non limitée à la fraction excédant les bases réelles relevées avant application du ratio irrégulier.
Ce que cela change pour vous
Face à un contrôle, je regarde d'abord la méthode avant de discuter les montants. Un échantillonnage non consenti, une extrapolation improvisée ou un ratio sans base légale suffisent à faire tomber le chef de redressement en entier. Demandez toujours à l'inspecteur le détail de son calcul et conservez la lettre d'observations : c'est la pièce sur laquelle se construit la contestation devant la commission de recours amiable puis le pôle social.
En faute inexcusable, le juge évalue souverainement le déficit fonctionnel permanent sans être lié par le taux d'incapacité de la caisse
Cour de cassation, 2e chambre civile · 3 septembre 2026 · pourvoi n° 23-23.281
La jurisprudence issue des arrêts d'assemblée plénière du 20 janvier 2023, selon laquelle la rente ne répare pas le déficit fonctionnel permanent, s'applique immédiatement aux litiges en cours. Le juge saisi d'une action en faute inexcusable apprécie souverainement ce préjudice, sans être tenu par le taux d'incapacité fixé par la caisse, et n'est pas obligé d'ordonner une expertise s'il s'estime suffisamment informé. Il peut notamment partir du taux médical, hors coefficient professionnel, appliquer une valeur du point et ajouter une majoration pour les douleurs et les troubles dans les conditions d'existence.
Ce que cela change pour vous
Cet arrêt confirme la méthode que j'emploie pour chiffrer le déficit fonctionnel permanent : taux médical, valeur du point, puis majoration pour les souffrances et la gêne au quotidien. Il complète l'arrêt du 3 septembre 2026 (n°23-22.988) : le taux de la caisse n'est qu'un point de départ, et je demande une expertise lorsqu'il sous-évalue manifestement vos séquelles. Une expertise reste toutefois à l'appréciation du juge, donc je soigne les pièces médicales dès la requête.
Le juge de la faute inexcusable n'est plus lié par la date de consolidation ni par le taux d'incapacité retenus par la caisse
Cour de cassation, 2e chambre civile · 3 septembre 2026 · pourvoi n° 23-22.988
Pour l'indemnisation complémentaire des préjudices qui ne sont pas couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale, le juge apprécie souverainement la date de consolidation et le déficit fonctionnel permanent de la victime. Les décisions de la caisse, qui règlent les rapports entre la victime et l'organisme, ne s'imposent pas à lui. La Cour revient ainsi sur sa jurisprudence antérieure.
Ce que cela change pour vous
C'est l'arrêt le plus important de cette rentrée pour les victimes d'accident du travail, et il change ma façon de préparer les dossiers. Un taux d'incapacité sous-évalué par la caisse ou une consolidation prononcée trop tôt ne plafonnent plus votre indemnisation devant le pôle social. Je demande désormais une expertise judiciaire pour faire réapprécier la consolidation et le déficit fonctionnel permanent. Si votre dossier est encore en cours, ce moyen doit y figurer.
Un décompte imparfait reste suffisamment précis pour ouvrir le débat sur les heures supplémentaires
Cour de cassation, chambre sociale · 2 septembre 2026 · pourvoi n° 25-16.106
Le salarié doit présenter des éléments suffisamment précis pour permettre à l'employeur d'y répondre. Le fait que son tableau ne distingue pas les temps de trajet des temps de travail effectif ne le prive pas de cette précision suffisante. Les juges du fond ne peuvent pas écarter le décompte pour cette seule imperfection, alors qu'il appartient à l'employeur de produire ses propres éléments de contrôle de la durée du travail.
Ce que cela change pour vous
Je le redis à chaque premier rendez-vous : votre décompte n'a pas à être parfait. Un tableau semaine par semaine, vos agendas, vos courriels d'envoi tardif ou vos relevés de connexion suffisent à déclencher le débat. C'est ensuite à l'employeur de produire les relevés qu'il doit tenir, et son silence se retourne contre lui. Ne renoncez pas à une demande de rappel d'heures supplémentaires au motif que vos notes seraient approximatives.
Aucune décision dans cette matière pour le moment.
Comment lire cette page. Chaque décision est identifiée par sa date et son
numéro de pourvoi, afin que vous puissiez la vérifier vous-même sur Légifrance. Les résumés
que j'en donne sont volontairement courts : une décision s'apprécie au regard des faits qui
lui sont propres, et aucune ne peut être transposée telle quelle à votre dossier. Cette page
est une veille, pas une consultation.
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